Conclusions du colloque tenu au Sénat le mardi 4 octobre organisé par l'Observatoire National des Cultures Taurines avec le concours de l'Union des Villes Taurines de France, conclusions exposées par la sénatrice des Landes Dany Michel au nom du sénateur Jean-Louis Carrère, empêché par un problème familial. La journée s'est terminée sur l’annonce de la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le mouvement animaliste :

 "À l’occasion de ce colloque, des choses fondamentales ont été dites que nous pourrions brièvement résumer ainsi.
Depuis un demi siècle, une idéologie nouvelle connue comme l’écologie profonde et qui a donné naissance au mouvement végan, a entrepris de modifier le rapport de l’Homme aux animaux, tel que les religions, l’humanisme et le droit l’avaient établi depuis les débuts de notre histoire.

Sous la pression des mouvements animalistes, le Code civil a été amendé le 28 janvier 2015 pour y introduire les animaux en tant qu’« êtres vivants doués de sensibilité ». Le danger est réel, car malgré son apparence laconique et anodine, l’amendement soulève de nombreuses interrogations, sur sa portée juridique réelle et ses possibles conséquences, sur les méthodes et les objectifs des mouvements animalistes, sur la perception et les réactions des milieux concernés, agricoles notamment, ainsi – et là n’est pas le moindre motif d’inquiétude – que sur le devenir de l’idéal humaniste.

L’Animal est à la mode, et à l’Animal-objet, l’animalisme contemporain oppose l’Animal-personne. Les causes de cette vogue sont bien connues : sentiment de culpabilité face à certaines conditions d’élevage et d’abattage de certains animaux de boucherie, exigées par le productivisme contemporain ; urbanisation et perte de tout contact avec les bêtes sauvages ou domestiques ; oubli de la lutte ancestrale contre les espèces nuisibles ; disparition quasi-totale de toutes les formes de travail animal mais aussi de rites, de jeux, ou de relations symboliques avec les animaux, etc. Il en découle une nouvelle figure éthico-politique, l’Animal, nouvelle incarnation du Prolétaire, et une nouvelle utopie, l’animalisme, selon laquelle rien ne différencie moralement les hommes des autres animaux. Mais l’Animal n’existe pas. C’est une invention de l’animalisme. Ce qui existe ce sont des millions d’espèces vivantes avec qui nous avons des relations différenciées.

La vision humaniste distingue, comme le veut la sagesse du Droit français, les obligations que nous avons vis-à-vis des animaux de compagnie (ne pas rompre le contrat affectif qui nous lie à eux), celles que nous avons vis-à-vis des animaux de rente (leur assurer des conditions de vie et de mort conformes aux exigences de leur espèce), et celles que nous avons vis-à-vis des espèces sauvages (assurer l’équilibre des espèces et défendre la biodiversité). Et elle est respectueuse de toutes ces histoires millénaires entrelacées des hommes et des animaux. À l’opposé, le phénomène de globalisation qui tend à l’uniformisation des cultures favorise le développement de la « pensée unique » dont l’animalisme est aujourd’hui le syndrome le plus inquiétant. Comment s’étonner dés lors qu’émergent en contrepartie de fortes résistances émanant de « minorités culturelles » engendrées par les phénomènes migratoires, le brassage ethnique et l’éclatement  de la cohésion sociale (milieu urbain versus milieu rural), lesquelles réclament, comme il a été dit ici, le droit naturel et inaliénable de perpétuer leurs cultures et de les transmettre à leurs enfants.

Déjà, au début du siècle dernier, des sociologues nord américains  ont analysé ces situations de ruptures sociétales en développant le concept  de  «conflits de cultures», largement repris par la suite dans la littérature criminologique en vue d’expliquer les infractions dites « culturelles » commises par les populations étrangères. Il incombait au droit de contribuer à la régulation de ces conflits en instituant des dispositions destinées à assurer la  protection des « minorités culturelles », gage de cohésion sociale. C’est dans ce but que se sont multipliées, dans l’ordre interne et international, les dispositions normatives ayant pour objet de lutter contre les discriminations de toutes sortes, notamment culturelles. Ainsi s’est constitué, au fil du temps un corpus juridique,  largement développé dans le cadre européen tendant à préserver une « communauté de culture », à la fois respectueuse du principe d’égalité et soucieuse de préserver la diversité. La protection juridique des « minorités culturelles » constitue ainsi un instrument au service du « vivre ensemble », contre les tentatives de domination idéologique, génératrices de tant d’oppressions. C’est ce danger de rupture entre des populations attachées aux valeurs de l’humanisme et celles qui prétendent lui substituer l’idéologie animaliste, que les intervenants de ce colloque sont venus dire ici.

La liberté d’expression étant un droit constitutionnel indiscutable, on ne saurait contester à quiconque celui de proposer une évolution de la législation sur la question animale, à partir de l’adoption en 2015 de l'amendement Glavany. En revanche, une humanisation excessive de l’animal qui aurait pour effet de porter atteinte à d’autres libertés fondamentales appelle une réponse de la part de l’immense majorité des citoyens qui place les droits universels de l’homme au-dessus de ceux que certains sont tentés de concéder aux animaux. Et pour éviter ce conflit de civilisation extrêmement clivant qui accentuerait l’éloignement de la société urbaine de ses racines rurales, entraînerait des dommages incalculables pour l’économie et la diversité culturelle, favoriserait l’appauvrissement de la biodiversité et bouleverserait le quotidien de tous les citoyens français, la seule option de bon sens consiste à conforter la culture dans son rôle de variable d'ajustement, tel que le prévoient les lois républicaines et les traités européens.

Il est désormais évident, au regard de ce colloque, que l’État ne peut plus fermer les yeux sur la montée en puissance d’une idéologie qui bat en brèche les valeurs humanistes et menace les fondements de notre société. Je demanderai donc, avec de nombreux autres sénateurs, qu’une commission d’enquête parlementaire soit mise en place pour étudier la réalité de ce phénomène inquiétant dont les ramifications et le financement s’étendent dans le monde entier. Pays des Droits de l’Homme, la France ne doit pas permettre que ceux-ci soient plus longtemps bafoués".