Les Tauromachies Universelles s'installent à Bordeaux…

bord11kPlus de 300 personnes, dont la municipalité, les parlementaires et les quatorze associations taurines de Gironde ont assisté mardi soir à l’inauguration de l’exposition des Tauromachies Universelles à la Halle des Chartrons. Un engouement extraordinaire qui s’explique d’abord par le fait que, bien que n’ayant pas actuellement d’arène en activité, Bordeaux demeure une ville taurine à part entière en raison de la richesse de son histoire et de la vitalité de son afición, magnifiquement représentée par les clubs réunis pour l'organisation de cet évènement.

BORDEAUXCette exposition fut l’occasion pour la municipalité de rappeler l’attachement de la Ville à cette culture, pour maître Michel Dufranc, secrétaire de l’UVTF, d’offrir un vibrant plaidoyer en faveur de la tauromachie, de rappeler que celle-ci est un magnifique exemple des valeurs de l'humanisme, de dénoncer les dérives de l’animalisme, et pour André Viard de résumer les 23000 ans d’histoire de la tauromachie en proposant de celle-ci une synthèse inédite, apportant une vision historique richement documentée.
La tauromachie suscite des avis antagoniques : on est passionnellement pour ou radicalement  contre, mais il est indéniable qu’elle constitue un fait culturel et historique majeur de la civilisation méditerranéenne, ce qui explique son inscription au Patrimoine Culturel Immatériel français en 2011. À ce titre, l’étude documentée de son histoire proposée par le Musée itinérant des Tauromachies Universelles permet d’éviter que le débat ne soit vicié par une approche dogmatique partisane, en proposant au contraire une discussion apaisée et enrichissante, quelle que soit l’opinion que l’on professe à son sujet.

À une époque où le questionnement sur la place de l’animal dans la société invite à s’interroger sur celle réservée à l’Homme, la tauromachie apparaît comme un marqueur symbolique posé sur la ligne de partage qui sépare la civilisation humaniste anthropocentriste du bio centrisme anti spéciste dont la «libération animale» est l’objectif avoué.

Apparue dès le paléolithique sous forme de chasses, le combat du taureau revêtit une dimension sacrée à partir de la révolution néolithique dans tout le monde antique et durant plus de huit millénaires, jusqu’à ce qu’en l’an 393 l’interdiction des cultes et jeux considérés païens (dont les jeux olympiques) par le christianisme devenu religion d’état de l’empire, ne le relègue dans le domaine profane. Durant les douze siècles suivants, les chasses et jeux taurins inventoriés précédemment sur le pourtour méditerranéen se perpétuèrent en France et sur la Péninsule Ibérique grâce aux Wisigoths et aux Francs. Depuis trois siècles, à partir de l’an 1720, date de l'invention de la muleta, ces tauromachies cynégétiques et guerrières évoluèrent dans une recherche esthétique et éthique constante dont la course de taureaux contemporaine est l'aboutissement.

Comment la Tauromachie du XXIème siècle peut-elle sortir grandie du débat sur la place de l’animal dans la société ? Simplement en revendiquant avec force le traitement éthique qui est réservé au taureau dont elle assure la conservation alors que tant d'autres espèces sont menacées de disparition. Aussi généreuse soit-elle, la libération animale ne s’affranchirait pas de la réalité : toute vie se termine dans la mort et nulle utopie ne peut y remédier. Dés lors, la nature du taureau étant de combattre jusqu'à la mort pour affirmer sa supériorité, si le bien-être animal consiste à respecter la nature de chaque espèce et si la libération en est l’objectif ultime, la corrida libère le taureau puisqu’elle lui permet d’exprimer sa nature profonde : il vit et meurt conformément à ce qu’il est grâce au respect de l’homme qui l’élève en liberté et l’affronte loyalement pour l’honorer, au risque de sa propre existence.

L'initiative innovante des Tauromachies Universelles, qui s’inscrit notamment dans le parcours culturel proposé à l’élève dans les domaines de l’art et du patrimoine, offre à chacun de forger son propre jugement à partir d’une documentation importante mise pour la première fois en perspective, en invitant au débat plutôt qu’à l’invective et en facilitant une meilleure compréhension d’enjeux sociétaux majeurs sous un angle inédit que la tauromachie permet d’illustrer au travers de ses vingt-trois millénaires d’histoire.