im156907picaso___la_cogida

 

LA TAUROMACHIE: PATRIMOINE CULTUREL...

Ci dessous un extrait de la fiche d'inventaire classant la Tauromachie au patrimoine culturel imma­tériel, éta­blie par le Ministère de la Culture.

INTÉRÊT PATRIMONIAL DE LA TAUROMACHIE

a) Le lien entre l’éthique et l’esthétique

La corrida se distingue des autres tau­romachies par deux traits particu­liers :

- l’animal est tué rituellement, ce qui donne à la corrida sa dimension tra­gique, et il est tué en public, ce qui ga­rantit la loyauté de sa mise à mort.

- une des finalités essentielles de la corrida est de créer une œuvre d’art éphémère en utilisant la charge natu­relle du taureau de combat.

Ces deux dimensions particulières, éthique et esthétique, expliquent peut-être que la corrida soit la seule tauro­machie à être sortie des limites de son terroir d’origine (l’Andalou­sie et la Navarre) pour être adoptée par une partie des peuples de la Mé­diterranée et de l’Amérique latine, et sur­tout qu’elle ait conquis la plupart des modes d’expression artistique de la «haute culture» (littérature, poésie, pein­ture, sculpture, musique, ciné­ma, etc).

L’esprit et la valeur de la corrida re­posent sur deux piliers comportant une dimension éthique. Le premier, c’est le combat du taureau, qui ne doit pas mourir sans avoir pu ex­primer, au maximum, ses facultés of­fensives ou défensives. Le second pi­lier, symé­trique, c’est l’engage­ment du torero, qui ne peut affronter son adversaire sans se mettre lui-même en danger, en offrant son corps, puis en détournant la charge par un leurre en tissu. La corri­da n’au­rait aucun sens et aucun intérêt sans cette combativité spontanée du tau­reau et sans ce risque permanent de bles­sure grave ou de mort du tore­ro. Dans la corrida ces éléments éthiques sont très étroitement liés à des éléments esthétiques d’une grande ri­chesse. Le rituel tauroma­chique est soutenu par l’éclat de toutes les formes d’expression ar­tistique, popu­laire ou savante : l’architecture des arènes, l’art très vivant des costumes de lumière, sa­vamment bro­dés et chamarrés par un artisanat traditionnel, ou la composi­tion musicale des paso-dobles tau­rins, chargés de souli­gner les mo­ments clés de la fête. On comprend que ce spec­tacle total, compa­rable à certains égards à l’opéra, ait pu inspirer tant d’ar­tistes.

Mais s’il faut préserver la tauroma­chie comme une forme d’expression unique qui ne doit pas se perdre, c’est surtout qu’elle est en elle-même une forme d’art, qui renoue peut-être avec l’ori­gine même de l’art. On peut se référer sur ce point aux analyses de Michel Leiris et de Francis Wolff : il s’agit en effet de donner forme humaine à une matière brute, en l’occurrence la charge d’un animal qui combat. L’ac­tion du leurre dépouille l’assaut de l’animal de sa fonc­tion mortifère et de sa violence naturelle et, grâce à l’em­prise que ce leurre permet sur la charge du taureau, le tore­ro conduit celle-ci, la courbe, l’adoucit, la polit, la ralentit.

b) Une déclinaison originale des couples nature / culture et sauvage / domestique

Le taureau de combat est le produit d’un mode de domesti­cation tout à fait original, précisé par la réflexion de Jean-Pierre Digard : les actions do­mesticatoires, aussi discrètes et distan­ciées que possible, se sont exercées sur lui comme à contre-courant, dans le sens d’un 10 ensau­vagement cont­rôlé et orienté, de manière à conser­ver, paradoxalement en apparence, chez cet animal le phé­notype (aspect extérieur) et l’é­thogramme (ensemble des comporte­ments innés) de l’espèce sauvage d’origine –l’au­rochs, bœuf primitif ou bos primigenius – désormais dispa­rue. Il fait l’objet depuis plu­sieurs siècles, en Espagne, en France et au Portugal, d’une sélection stricte et de croise­ments raisonnés qui ont conduit à la création de sous-races (encastes) et de lignées bien identifiées et suivies dans la durée. La sélection des reproduc­teurs et des femelles vise à développer son instinct of­fensif, ce qu’il est convenu d’ap­peler sa bravoure, terme qui est à rapprocher du mot espa­gnol bravo, c’est-à-dire sauvage.

Dans son organisation et son dérou­lement la corrida re­présente le conflit, la juxtaposition mais aussi la transition entre l’état de nature et l’é­tat de culture. L’animal qui va com­battre est extrait d’une zone non cultivée. Il incarne en lui-même l’é­mergence de la nature dans une en­ceinte de ville ou de village, face à un homme identifié au contexte ur­bain dans lequel il va exprimer son art et sa technique.

 c) Une dynamique de proximité avec l’anima

La pratique tauromachique requiert, on l’a vu, des animaux particuliers, dont la production suppose des connais­sances écologiques, étholo­giques et zootechniques approfon­dies. Elle nécessite aussi, de la part de l’homme qui l’affronte, des quali­tés spécifiques : certes, des qualités mo­rales - rele­vées plus haut -, une sensi­bilité esthétique affirmée, des apti­tudes intellectuelles et psycho­motrices, mais aussi une empathie avec l’animal afin de discerner ses aptitudes et son comportement chan­geant au fur et à mesure du déroule­ment de la course, faute de quoi le torero, en construisant son jeu, ne saurait ni do­miner la bête, ni se mettre en har­monie avec elle. D’où le sentiment souvent exprimé par ces professionnels, à tra­vers les propos qu’ils tiennent, qu’ils « se mettent à l’intérieur du taureau », qu’ils épousent en quelque sorte sa na­ture en même temps que leur science et leur art leur permettent de révéler au grand jour, et à l’intention du public, toutes les riches possibilités de celle-ci. Les aficionados quant à eux sont incités, pour saisir tout l’intérêt et la beauté du spectacle, à faire en esprit ce même cheminement de compréhension de l’animal.

d) Un patrimoine immatériel qui contribue de façon ex­ceptionnelle au développement durable

Comme on l’a vu, le taureau de com­bat est un animal élevé en semi-li­berté dans des pâturages extensifs au contact d’une flore et d’une faune sauvages. Son existence ainsi que la préservation de ces espaces sont di­rectement subor­données au maintien de la corrida et des autres fêtes tau­rines. En France l’élevage de tau­reaux de jeux - nous ap­pellerons ain­si les deux races que l’on élève dans notre pays pour les jeux taurins pra­tiqués dans les arènes (la course camarguaise et la corrida) ou pour des animations de rues - s’est déve­loppé pour dé­passer

aujourd’hui le chiffre de 25000 têtes réparties dans près de 200 élevages. Concentré d’abord dans le delta du Rhône (Camargue), cet élevage a fran­chi les marges du delta pour s’é­tendre dans les arrières pays (Al­pilles, Cé­vennes) et le littoral lan­guedocien. Il se développe égale­ment dans le Sud Ouest, où l’on compte 9 élevages de taureaux de com­bat auxquels il faut ajouter quelques 1500 vaches de même ori­gine, destinées à la course landaise. Globalement, 2/3 de ces tau­reaux de jeux sont des bovins de souche camar­guaise, 1/3 de la souche espa­gnole dite taureaux de combat.

Les terres de parcours ne possèdent aucun abri artificiel et les animaux sont ainsi soumis aux rigueurs du cli­mat (froid, chaleur, nuisances liées aux insectes). Ils gardent une rustici­té indispensable à ce type d’élevage. La plus grande partie de ces animaux évolue dans des écosystèmes faible­ment anthropisés, étant un réservoir de biodiversi­té.

Enfin, cet élevage, comme l’observe Alain Dervieux, est à même de consti­tuer une activité de substitution viable à des populations rurales tou­chées par les difficultés inhérentes à la mondiali­sation de l’agriculture et à la désertifi­cation des campagnes, ce qui renvoie à l’importance du maintien des ruraux pour l’entretiens des paysages et des écosystèmes.

e) Une contribution à l’enrichisse­ment de la langue

Il convient d’observer, enfin, que le parler des aficionados a enrichi le fran­çais par une savoureuse et origi­nale conta­mination à partir de la langue taurine espagnole. Des mots nouveaux sont apparus tels que to­rère (surtout en Langue­doc et en Pro­vence), templer, pincher, se croiser… Certains de ces termes ont par ailleurs été adoptés par le langage courant (aficionado, bande­rille, bronca, mano a mano, fe­ria…) Cette langue ne permet pas seulement de rendre compte de la réalité tech­nique du jeu. Elle fonctionne comme un signe de reconnaissance entre ama­teurs. Elle a également participé à la formation du langage de la bouvine et de la course landaise dont certains termes sont communs ou proches, mê­lant le français, l’occitan et l’espagnol.

l'intégralité sur votre bureau par un clic sur :  http://www.culturestaurines.com/

 

ðððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððððð